Les Gouttes de Dieu s’invitent à Japan Expo! Entretien exclusif avec Kenji Itoso et Kamenashi Kazuya.

A l’occasion de son édition anniversaire , on peut dire que Japan Expo a mis les petits plats dans les grands. Ou devrait-on dire, les verres en cristal de Baccarat sur un plateau d’argent? En effet, parmi les nombreux invités prestigieux qui ont fait honneur aux 25 ans du salon , le public a pu rencontrer le réalisateur Kenji Itoso et l’acteur et chanteur Kamenashi Kazuya, à l’occasion de la diffusion sur Crunchyroll de l’anime Les Gouttes de Dieu (adapté du manga éponyme, disponible chez Glénat). Cette série suit le parcours initiatique de Shizuku à la découverte de vins de légende afin d’obtenir l’héritage de son père disparu , œnologue réputé. L’anime est diffusé sur la plateforme depuis le mois d’avril. La conférence de presse, animée par Olivier Fallaix – responsable des relations publiques chez Crunchyroll- qui s’est tenue samedi 11 juillet s’est concentrée sur le processus de production et de doublage, M Kamenashi incarnant la voix de Shizuku dans la série.

Olivier Fallaix: M Itoso, M Kamenashi, est-ce la première fois que vous venez en France?
Kenji Itoso: Je suis déjà venu en France pour le festival de Cannes. J’ai également fait des visites de recherches pour l’anime dans différents vignobles.
Kazuya Kamenashi: Pour ma part, ma première visite remonte à une vingtaine d’années. Je suis venu plus récemment lors des Jeux Olympiques en 2024, dans le cadre de mon activité pour la télévision japonaise afin de réaliser des reportages. Dans le cadre privé, je suis déjà venu en France avec ma mère. C’est le pays que je visite le plus souvent.
M. Itoso, le manga original Les Gouttes de Dieu a été publié au Japon entre 2004 et 2010, il avait déjà été adapté en drama ( ndr: feuilleton ) pour la télévision, alors quelle a été votre approche quand il a été décidé d’en faire un anime ?
Kenji Itoso: Il faut savoir que depuis la parution du manga (ndr: 2004), le monde du vin a changé. Il est à présent plus facile d’accéder à des vins venant du monde entier. Lorsque j’ai découvert l’adaptation télévisuelle du manga dans laquelle joue M Kamenashi, j’ai constaté que le choix avait été fait de ne pas montrer cet autre monde auquel on accède par le vin. J’ai pour ma part souhaité mettre en avant toutes ces textures, ces parfums, ces arômes. Nous avons pensé que ce serait une bonne idée d’apporter tous ces éléments dans une œuvre d’animation.
M. Kamenashi, vous avez joué le rôle de Kanzaki Shizuku dans le drama de 2009, quel a été votre ressenti lorsqu’on vous a proposé d’être la voix de ce même personnage, après toutes ces années ?
Kazuya Kamenashi: J’ai été très surpris. J’étais loin d’imaginer qu’on me demanderai de réinterpréter ce rôle. C’est une véritable chance, et j’ai senti qu’il y avait un lien fort entre cette série et moi.
M Kamenashi, aviez-vous déjà fait du doublage auparavant? Est-ce que c’est difficile?
Kamenashi Kazuya: C’était une première pour moi. J’étais vraiment un novice. J’ai eu la chance d’avoir eu beaucoup d’aide de la part de l’équipe pour jouer le rôle de Shizuku au mieux. Elle m’a accompagné pour la lecture des scripts et m’a permis de trouver le bon rythme, c’est grâce à elle que j’ai pu mener cela à bien.
M Itoso, en tant que réalisateur,quels sont les critères qui vont amener à choisir M Kamenashi pour interpréter le personnage principale de la série?
Kenji Itoso: Lorsque l’on travaille sur une série, il est important de bien la prendre en compte dans sa globalité, surtout comme dans le cas présent, il y a un manga et une série. Pour moi, M Kamenashi s’est imposé comme la voix de Shizuku. Une autre raison importante pour ce choix, c’est qu’il y a un point commun entre Shizuku et M Kamenashi: tous deux sont des débutants, l’un dans le vin, l’autre dans le doublage. J’ai trouvé qu’il y avait un parallèle entre les deux trajectoires d’apprentissage du personnage principal et de son doubleur, aussi bien sur le fond que sur la forme. Autre point essentiel: Shizuku est un fils de bonne famille, qui a reçu une très bonne éducation, et son attitude s’en ressent. C’est un élément important pour moi et je trouve que M Kamenashi possède cette prestance dont Shizuku dispose, d’où la raison de mon choix.
M Kamenashi, qu’avez vous changé dans votre interprétation par rapport à la série?
Kazuya Kamenashi: La façon de jouer est vraiment différente. Quand j’ai joué Shizuku dans la série, je m’étais fait une image du personnage et mon jeu s’est calqué sur cette image. Les choses sont différentes pour une série animée: les images sont déjà là, il faut donner des émotions à un matériau qui est déjà existant.
Il a également fallu que je m’adapte à l’âge de Shizuku, et j’ai donc choisi d’adopter une tonalité plus aïgue. Avant d’entrer dans le box d’enregistrement, je m’efforçai de faire quelques exercices pour bien calibrer ma voix.
M Itoso, vous avez choisi d’adapter un tome par épisode, ce qui crée un rythme assez soutenu. Pourquoi ce choix?
Kenji Itoso: Nous avons très rapidement décidé au début du projet d’adapter la série en 24 épisodes à raison de 2 saisons. Un fois ce cadre défini, il s’agissait de travailler sur la façon de raconter l’histoire.
Avec les auteurs, nous nous sommes interrogés sur les 12 tests que passe Shizuku et la façon de les mettre en scène. A l’issue de nombreux échanges et de discussions, nous avons trouvé une solution qui convenait à tous. Il a fallu omettre certains éléments, mais cela permet au public de rentrer plus facilement et rapidement dans cet univers particulier.
M Kamenashi, quels sont les moments les plus marquants de vos sessions d’enregistrement ?
Kazuya Kamenashi: Ce qui m’a marqué le plus je pense, ce sont les changements brusques d’émotion: il me fallait passer des larmes à un “bonjour!” tonitruant et enjoué, avec beaucoup de rapidité. C’était assez impressionnant.
De plus, mener cette tâche avec 20 personnes dans le box enregistrement m’a vraiment rendu admiratif de leur travail. Voir ces acteurs interpréter ces changements du tac au tac, c’est vraiment quelque chose.
Autre point marquant: nous disposions de 4 micros dans le studio et nous devions les interchangés sans pour autant faire de coupure dans les doublages. Cela créait une sorte de valse au tempo soutenu tout en lisant nos scripts, ce qui était assez amusant. Pendant les scènes de fêtes ou de célébration, le reste de l’équipe faisait des bruits de fond qui donnait une atmosphère chaleureuse et joviale à la session.
M Itoso, avez-vous adapté scrupuleusement le manga ou bien avez-vous eu quelques latitudes créatrices ?
Bien sûr, nous avons discuté au préalable avec les éditeurs et les auteurs qui nous ont donné carte blanche. Il en avait été de même pour l’adaptation télévisée quelques années auparavant. Personnellement, j’ai souhaité rester au plus près de l’œuvre originale. En termes d’innovation, cela concerne les épreuves pour lesquelles les auteurs ont écrit des scripts originaux spécialement pour la série animée.
Sur l’aspect graphique, le personnage de Miyabi a connu quelques changements: nous souhaitions qu’elle soit un peu plus mignonne pour qu’elle soit plus adaptée à l’anime afin de toucher un public plus jeune.
Enfin, chaque scène a été travaillée spécialement comme au cinéma avec sa propre composition musicale.
Connaissiez-vous déjà le manga avant de travailler sur ce projet ?
Kenji Itoso: Oui, tout à fait. J’étais même fan de l’œuvre et j’étais loin d’imaginer que j’allais un jour travailler dessus. Je suis d’ailleurs les autres titres de l’auteur, dont je suis un fervent admirateur.
Aimez-vous le vin ? Et avez-vous un cru favori ?
Kenji Itoso: En travaillant sur Les Gouttes de Dieu, j’ai appris à apprécier le vin différemment. J’imagine que M Kamenashi aura une réponse qui lui sera propre, mais en ce qui me concerne, j’aime les vins un peu sucrés. Ceci dit, j’ai des goûts assez variés.
Kazuya Kamenashi: J’apprécie beaucoup le vin, particulièrement boire un petit verre de vin blanc au lever du soleil. J’aime surtout les bourgognes, comme le pinot noir par exemple. C’est un petit plaisir que j’apprécie.

Question de la presse: Est-ce qu’il est prévu que les deux saisons couvrent les 44 tomes de la série ? Et l’adaptation du spin-off Les Gouttes de Dieu – Mariage, est-elle prévue ?
Kenji Itoso: Les 42 tomes ne seront pas adaptés en totalité au sein des 24 épisodes, mais je souhaite vraiment conclure la série.
Question de la presse: M Kamenashi, est-ce que votre carrière d’acteur et de chanteur vous a aidé pour le doublage de Shizuku?
Kazuya Kamenashi: Il est vrai que en ce qui concerne la façon d’extérioriser ma voix, de la travailler, de la projeter, d’en jouer, mon expérience m’a effectivement aidée.
Kenji Itoso: J’ai trouvé M Kamenashi très sérieux et très appliqué. Le travail de doublage requiert la maitrise de petites techniques comme tourner les pages du script sans faire de bruit, et M Kamenashi n’a pas hésité à poser des questions, et j’ai particulièrement apprécié son humilité.
Question de la presse: Quel être votre sentiment à l’idée de présenter à un public français une œuvre qui met en vedette le vin , un produit qui fait intimement partie de l’identité française?
Kenji Itoso: C’est effectivement un peu stressant.La culture du vin est très riche et s’appuie sur une longue histoire. J’ai beaucoup de respect pour la France et l’Europe. Même si les Gouttes de Dieu est une œuvre japonaise, elle aborde le terroir français. Certaines scènes à venir dans les prochains épisodes se passent d’ailleurs en France, et c’est avec un profond respect que je vais présenter la série au public français.
Kazuya Kamenashi: Je suis très excitée à l’idée de rencontrer le public français. Les Gouttes de Dieu est une œuvre très française, qui parlent aussi des français. Je ressens un mélange d’excitation et d’inquiétude.
Question de la presse : Les Gouttes de Dieu est à la fois un manga, un drama, et maintenant un anime, comment fait-on pour se distinguer des autres œuvres précédentes?
Kenji Itoso : Au Japon, il existe 3 catégories de mangas : les shōjo, les shōnen et les seinen1. Les Gouttes de Dieu appartient à cette dernière catégorie. Il est très courant que les seinens soient adaptés à la télévision en feuilleton.
J’aimerais surtout que le public ait envie de goûter au vin, de découvrir ce monde et le plaisir qu’il peut procurer. Au Japon, les jeunes en consomment peu. J’aimerais qu’ils puissent accéder au plaisir de la découverte de l’univers du vin.
Question de la presse : Est-ce que vous pensez que la série peut s’adresser à quelqu’un qui n’y connait rien en vin ?
Kenji Itoso: Tout à fait. Je pense que même quelqu’un qui ne connaît pas le monde du vin sera emporté par l’intrigue. L’aspect relationnel qui lie les personnages sont au cœur du récit. Autour du vin se jouent les relations de Shizuku avec son entourage, parfois sur un ton comique ou dramatique. Si par la suite, l’audience parvient à voyager dans les différents cépages qui sont la toile de fond de l’histoire et à s’intéresser à cet univers, alors le pari sera réussi.
Kazuya Kamenashi: Le message que j’aimerais transmettre, c’est qu’à travers Les Gouttes de Dieu , on comprend que le vin est profondément humain. Ses subtilités, ses couleurs , son évolution … Tout cela est très humain. Cette œuvre fait la part belle aux relations humaines profondes. Je pense que même les personnes qui ne connaissent pas le vin seront intéressées par cette aventure humaine forte.
Tout comme une vigne peut d’une récolte à l’autre, sur le même terroir, donner quelque chose de différent, les êtres humains peuvent eux aussi évoluer. Ils peuvent changer, montrer d’autres facettes d’eux-mêmes. C’est ce parallèle qui fait pour moi la puissance de ce titre.
Enfin, le vin a également un côté fédérateur: on se rassemble autour d’une bonne bouteille, sans nécessairement qu’elle soit bue par tous les convives. Le vin crée un moment , une occasion de partager, d’échanger. C’est un peu le message de cette œuvre.
Olivier Fallaix: En conclusion, avez-vous un petit mot pour le public français ?
Kenji Itoso: Ce serait un peu bizarre que nous n’ayons rien à dire.
Kazuya Kamenashi: Ça y est,c’est fini! * rires *
Kenji Itoso: J’aimerais parler des épisodes 6 et 7 qui vont donner l’impression d’être chargés en tension dramatique. Ils abordent des thèmes sérieux. Mais par la suite – attention,spoiler- Issei va se retrouver dans un désert. Cette expérience va changer son regard sur Shizuku et transformer leur relation. C’est un tournant capital, car il montre que si le vin est le fil rouge de l’histoire, le manga parle avant tout des relations humaines. Nous espérons que Les Gouttes de Dieu continueront à raisonner chez le public, même des jours, des semaines, des années après l’avoir vue.
Dernier spoiler: à un moment culminant de l’intrigue, il sera question de gravir une montagne et de découvrir un vignoble qui crée le vin d’une manière particulière. C’est un vignoble que j’ai eu d’ailleurs l’occasion de visiter. Ce moment symbolise pour moi ce qu’est la quête des Gouttes de Dieu.
Kazuya Kamenashi: Présenter cette œuvre en France, face au public français, représente un sacré défi. Néanmoins, je suis sûr que cette alliance entre la France et le Japon, à travers les Gouttes de Dieu, donnera naissance à un magnifique parfum.
Merci beaucoup!
Retrouvez la série Les Gouttes de Dieu sur Crunchyroll.
Merci à Crunchyroll
- Shojo, shonen, seinen: catégories éditoriales de mangas qui se basent sur le lectorat visé. Respectivement: public féminin, masculin ou adulte. Les titres seinen font donc très souvent l’objet d’adaptation live à la télévision japonaise. ↩︎
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