Art,  Japon,  mode

[mode] Kyomaï: le luxe français au service de la tradition japonaise.

Kyomaï à Première Classe Tuileries

La Fashion Week est décidément l’occasion de faire de belles rencontres de mode. Lors de la dernière édition de Première Classe aux Tuileries en février dernier, j’ai eu un véritable coup de cœur pour ces somptueuses pochettes aux tissus chatoyants, évoquant la richesse des tenues des Maikos, artistes réputées dans le monde entier pour leur talent de danse et de musique. En effet, Kyomaï crée de magnifiques accessoires en utilisant des obis, les ceintures qui ornent les kimonos. Un détail qui a son importance: ces pochettes sont fabriquées en France! Asiascope a rencontré les fondateurs de la marque , qui nous expliquent la belle histoire franco-japonaise de ces tissus d’exception.

Kyomaï, les origines.

Asiascope: Comment est née la marque et son concept ?

Les créateurs de Kyomaï: Le concept est né en deux étapes. Nous avons eu la chance d’être expatriés à Kyoto en famille de 2006 à 2009. Cette période a été très riche en découverte du Japon traditionnel. Nous avons commencé à acheter des obis sur les marchés d’antiquités, sans idées précises. C’est lors d’une deuxième expatriation à Shanghai de 20212 à 2015 que nous avons créé en couple les premières pochettes. Une première expo vente à Xintiandi en 2015 a montré que ces pochettes séduisaient.

Asiascope:Quelles démarches ont été effectuées pour vous fournir en tissu ?

Nous avons continué à acheter régulièrement des obis sur les marchés à Kyoto avant de prendre contact avec des grossistes.

Asiascope: Que signifie Kyomaï ?

Une performance de danse Kyomaï

Kyomaï est une des danses traditionnelles de Kyoto, qui se pratique en petit comité, sur tatami, en Kimono et Obi.

L’inspiration

Asiascope: Qu’est-ce qui fait l’attrait particulier des tissus de kimonos Obis?

Les Obis sont la partie la plus précieuse du vêtement traditionnel. Ce sont de véritables bijoux, jacquard de fils de soie et d’or. Les motifs sont très variés. Traditionnellement ils étaient décorés avec les kamons( ndlr: emblèmes représentant à l’origine les clans de samouraïs) de la famille. Le port du Kimono et du Obi est de moins en moins fréquent au Japon. Pour les Geiko et Maiko(ndlr: termes designant respectivement les geishas et les apprenties geishas de Kyoto), ce sont les habits pour toutes leurs représentations ! La Geiko la plus célèbre du Japon, Mineko Iwasaki changeait fréquemment de parure, en 15 ans de carrière elle a porté plus de 300 kimonos et Obis différents, tous confectionnés exprès pour elle.

Un magnifique obi

Asiacope:Parlez-nous de l’histoire de ces étoffes.

Les Obis que nous achetons viennent du quartier de Nishijin à Kyoto. La sériculture (ndlr: élevage du vers à soie) remonte au sixième siècle au Japon. Kyoto a été la capitale impériale du Japon pendant 1200 ans. Les meilleurs tisserands du pays se sont donc regroupés dans ce quartier pour fournir la cour impériale. La technique pour confectionner les Obis a évolué au début de l’ère Meiji. A cette époque, le Japon qui sortait de deux siècles et demi de fermeture a envoyé des émissaires partout dans le monde pour ramener des technologies utiles pour la modernisation du pays. C’est à Lyon, capitale de la soie en France qu’ils ont trouvé et adopté le métier Jacquard. Ce métier, grâce à des cartes perforées, facilite le tissage de motifs complexes.

Asiascope: Qui sont vos partenaires au Japon et comment les avez-vous rencontrés ?

Nous avons maintenant un partenaire grossiste de Kimono et Obi à Kyoto. Il s’agit d’une belle rencontre au Salon Paris Première Classe, une française établie à Kyoto qui est passionnée par ces vêtements traditionnels.

Le packaging est un élément très important, et nous tenions à avoir une boîte en bois de Paulownia qui est traditionnellement utilisé au Japon pour protéger les objets précieux, dont les Obis et Kimonos. Elles sont faites sur mesure par un fournisseur d’Osaka, qui fournit aussi la famille Impériale.

La boîte de pauwlonia qui accompagne les accessoires Kyomaï

Asiascope: Parlez-nous un peu de Kyoto et de ses traditions.

Kyoto est une très belle ville, dont l’emplacement a été soigneusement choisi en 794 pour abriter l’empereur et sa cour. Les tremblements de terre sont rares à Kyoto. La ville est traversée par une rivière, la Kamo-gawa et entourée au nord de Montagnes. Au centre, il y a le parc du Palais impérial. La ville compte des milliers de temples Bouddhistes et sanctuaires Shinto avec des jardins remarquables. Kyoto est une ville très agréable, on s’y repère très facilement car elle est organisée suivant un plan chinois avec des rues orientées Nord Sud et Est Ouest. La vie culturelle est rythmée par de nombreux festivals, comme celui d’Edo où des milliers de personnes sont habillées en costumes de l’époque. Les montagnes autour de Kyoto sont ornées de caractères qui sont illuminées par des feux lors de la fête d’Obon. La ville est réputée pour ses quartiers traditionnels, dont le plus célèbre à Gion abrite des maisons de thés qui accueillent les maiko et geiko pour distraire leur clientèle par leurs performances de musique et danse et l’art de la conversation. Les saisons les plus agréables sont le printemps avec les cerisiers en fleurs et l’automne avec l’embrasement des érables.

Les modèles.

Asiascope: Comment avez-vous créé le premier modèle de pochettes ?

Nous avons choisi de faire une pochette qui soit très épurée dans son design, afin de laisser la complexité du motif du Obi s’exprimer pleinement. Au niveau des proportions, nous avons choisi le Nombre d’or (ndlr: également appelé “divine proportion”, c’est un rapport arithmétique utilisé en architecture) pour lui donner une élégance classique.

Asiascope: Comment choisissez-vous les tissus ?

Le choix des Obis est très important. Ils sont choisis un par un avec un regard d’occidental, souvent très différent du regard porté par les japonais. Le beau est très relatif ! Bien entendu, nous ne retenons que les pièces en très bon état.

Bracelet et pochette

Asiascope: Avez-vous le projet de proposer d’autres produits ?

Nous allons proposer des bracelets manchettes en Obi, de vrais bijoux.

En ce moment nous travaillons sur des masques lavables confectionnés à partir de Kimonos en soie. Ces masques visent à se protéger avec style dans les endroits où une distance de sécurité est difficile à maintenir. Kyomaï contribue par ailleurs à la fourniture de masques en tissu standard pour des associations.

Asiascope: Comment vos modèles sont-ils produits ?

Les articles sont cousus à Verzy, un petit village à côté de Reims. Ce village est célèbre pour ses faux, la plus grande population de hêtres tortillards au monde. Les faux de Verzy me font penser à des arbres que l’on trouve dans les jardins japonais…

C’est dans ce village qu’il y a l’atelier haute couture de Floriane Challard, dans lequel sont confectionnées nos pochettes.

Asiascope: Qui compose l’équipe de Kyomaï ?

L’équipe de Kyomaï est familiale. Nous collaborons naturellement étroitement avec Floriane. Pour l’animation du compte Instagram et les séances photos, nous faisons confiance à Julia Drouet, qui est une blogueuse sensible à la dimension slow fashion et éthique de la marque.

Asiascope: Qui sont les personnes qui constituent votre clientèle ?

Nous vendons à des particuliers dans le cadre de vente pop up dans la région de Reims ou à Paris. Ce sont surtout des personnes sensibles à la dimension d’accessoire unique. Nous vendons à des femmes mais aussi à des hommes qui recherchent un accessoire original pour leurs compagnes. Autrement, nous vendons en gros à des boutiques multimarques, en salon professionel, principalement à l’étranger : USA, Suisse, Italie, Belgique, Allemagne, Angleterre…

Kyomaï à Première Classe

L’avenir

La crise actuelle nous encourage à accentuer la promotion et vente par internet. Cependant, nous pensons toujours que nos produits sont les mieux appréciés lorsqu’ils sont vus en boutiques. Nous souhaitons donc à la fois augmenter les ventes directes au consommateur par internet avec des produits comme les manchettes ou d’autres accessoires, mais aussi les ventes aux boutiques avec l’ensemble de nos produits. Cette stratégie passe aussi par une diversification de la ligne produit, tout en restant fidèle à l’exigence de qualité et de sophistication de la marque.

Asiascope: Merci beaucoup!

Si vous souhaitez découvrir ces magnifiques accessoires précieux et uniques, une expo vente est prévue à la galerie Joyce à Paris du 17 juin au 11 juillet organisée par Nathalie Lacroix. L’occasion de voir par vous même la richesse de ces tissus exceptionnels, et leur nouvelle vie en sacs et bracelets élégants.

Le site Kyomaï

NATALIE LACROIX SHOWROOM
JOYCE GALLERY : 168 Galerie de Valois – Jardin du Palais Royal 75001 Paris

Please follow and like us:
error

2254total visits,38visits today

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *